Un baiser à bout de souffle?

kiss-inVoilà bientôt deux ans que gays et lesbiennes sont appelés à participer ponctuellement à des « Kiss-in », rassemblements où des personnes homosexuelles s’embrassent publiquement durant quelques minutes. L’idée de ce bisou collectif est d’affirmer le droits des personnes de même sexe à s’aimer publiquement. C’est à la fois encourager les gays à assumer leur orientation sans crainte mais aussi banaliser les gestes d’affections entre personnes homosexuelles. Ce type d’action prend naissance et repose essentiellement sur Internet, notamment via le réseau social Facebook. Il touche particulièrement la jeune génération, friande de ce nouveau mode de communication.  Faut-il y voir une nouvelle forme de militantisme gay? Rien n’est moins sur. Les organisateurs de ce type d’évènement sont rarement issus du milieu associatif LGBT et n’ont ni l’organisation, ni la réflexion de celui-ci. Les actions sont tant bien que mal coordonnées autour d’un jour commun et le mot d’ordre reste le même: lutter contre l’homophobie à travers un baiser. Si l’idée est bien sûr sympathique, elle peut laisser perplexe sur son efficacité.

En effet, le message du Kiss-in n’est en aucun cas une revendication politique, mais plutôt une prise de conscience collective. Les organisateurs demandent d’ailleurs au participants de venir sans slogan, sans banderoles ni déguisements. Ce flash-mob (rassemblement éclair) se veut « sympathique, décontractée, naturelle et non-renvendicative » peut-on lire sur le blog officiel du Kiss-in. On est donc ici à l’opposé de mouvements comme Act-Up ou Les Panthères Roses qui ont un message politique fort et des modes d’actions affirmés, souvent provocateurs. Ces derniers marquent l’esprit et apportent une visibilité certaines aux revendications LGBT. Un baiser contre l’homophobie aurait-il pu influencer les sages du Conseil Constitutionnel d’ouvrir le mariage aux couple de même sexe? Certainement pas. La manifestation « bruyante » d’Act-up aura au moins permis à celle-ci de se faire entendre par la presse nationale. Après les premières gay-pride des années 70, les actions coup de poings des années 90, les Kiss-in sont pourtant caractéristiques de ces nouvelles formes d’actions collectives qui prennent source dans les réseaux sociaux et peuvent rassembler en peu de temps des centaines de personnes.

Pour autant, ces rassemblements éclairs pourraient disparaître aussi rapidement qu’ils se sont développés. Les chiffres ne trompent pas. A son point d’orgue, fin 2009, le Kiss-in contre l’homophobie avait lieu dans 23 villes en France. Pour la dernière St-Valentin, seules 14 villes se lançaient encore le défit du bisous collectif. Ainsi, dans des villes comme Lyon ou Lille,  pourtant réputées très gay friendly, aucun rassemblement n’a été organisé pour la St Valentin.  Est-ce le début de l’essoufflement du Kiss-in? S’agissant de Lyon ou Lille, ce sont des villes de grande taille, où vivre publiquement son homosexualité est sous doute plus facile à vivre qu’ailleurs. De tels rassemblements n’ont donc pas autant d’intérêt, que dans des plus petites villes, où peu d’associations locales sont à même de représenter et défendre les homosexuels.

Le Kiss-in place St-Jean a pris la forme d'une manifesation
Le Kiss-in place St-Jean a pris la forme d’une manifestation

De plus, l’idée même de ces rassemblements a profondément divisé la communauté gay. Les Kiss-in sur le parvis de Notre-Dame de Paris et sur la place St Jean de Lyon ont marqué les esprits. Ils ont été l’objet de toutes les polémiques, certains revendiquant un droit à pouvoir s’embrasser n’importe où au sein de la République, d’autres jugeant le rassemblement près d’un lieu de culte trop provocateur et contre productif. Ironie du sort, ce sont ces Kiss-in qui ont le plus rassemblé et le plus fait parler d’eux. A Lyon, le mouvement avait perdu de sa spontanéité et pris la tournure d’une réelle manifestation, obligeant les organisateurs à obtenir des autorisations préfectorales. C’est une des limites de tels rassemblements issus du web. Plus personne ne souhaite en être à l’origine, car ils engagent la responsabilité des organisateurs. Ceux-ci ne peuvent maîtriser la tournure qu’ils pourraient prendre, d’autant plus quand ceux-ci suscitent la polémique et sont politisés.

Face à ces limites, le mouvement est en perpétuel évolution. Il pourrait s’orienter vers de nouvelles formes d’action toujours « non-provocatrices » comme les Kiss-mob. Entre le Kiss-in et le Flash-mob, le Kiss-mob consiste à embrasser son voisin de gauche, sur la joue cette fois! Le but est de former une chaîne humaine qui doit être la plus longue possible. Si un tel rassemblement a déjà eu lieu à Bordeaux en février dernier, il ne s’agissait pas d’un rassemblement gay contre l’homophobie, mais d’une performance sans réel intérêt si ce n’est de faire un micro-buzz et alimenter les pages Facebook des participants. C’est là que le bât blesse. Avec leur multiplication et leur absence de message, ces évènements spontanés ne font plus parler d’eux. Or c’était l’essence même de leur existence. Seules de nouvelles idées de lieux et d’actions collectives pourront peut-être impulser un nouveau souffle à ces rassemblements éclairs en quête d’identité.

Commentaires

Un commentaire sur “Un baiser à bout de souffle?”
  1. A. dit :

    Votre article repose sur une illusion: l’opposition entre actions militantes et le kiss in. C’est un artefact. (et puis bon, le kiss in a été historiquement utilisé par act up et les panthères).
    Quant au kiss-mob, je ne vous pas l’intérêt de se tenir la main contre l’homophobie C’est beau de vouloir montrer une solidarité, mais sans message derrière c’est vide de sens.

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